Jornal de bord du Dr. Ayers

Dr. Talen Ayers

Journal de bord

Je ne vais pas m’embêter avec le dispositif de cryptage. Au point où nous en sommes, je suis sûr que ça n’a plus d’importance. Les protocoles de sécurité susceptibles d’enregistrer mes communications sont de toute façon sans doute devenus complètement inutiles – tout comme les marines dont les corps mutilés sont éparpillés en petits tas de chair sanglante partout dans les niveaux 9 à 6. J’écris cette entrée de journal pour la même raison qu’à chaque fois : pour donner à ma santé mentale un peu d’espace pour souffler tranquillement, avant qu’elle ne se mette à agiter les bras et à se mordre la langue.

Les évènements de ces derniers jours ont donné aux paroles de Daniel Rothfuss un caractère prophétique (ce qui rend sa barbe foisonnante encore plus adaptée). Il nous a dit qu’une grande tourmente couvait dans ces froids couloirs de pierre, la tourmente et le sang, et nous ne l’avons pas cru. Il en est ainsi de tous les prophètes errants, je suppose. Et donc, oui, nous avons tous été jetés dans la fosse aux lions ; sauf que les lions sont des descendants génétiquement bidouillés des coureurs des dunes de Zz’gash, chirurgicalement arrachés à leur reine et rendus fous par un cocktail d’enzymes enrageants synthétiques et par la haine surnaturelle d’un certain docteur Warren Gregory Held.

Car oui, Dan avait raison sur ce point aussi : Branamoor avait confiné notre psychopathe xénophobe dans les niveaux inférieurs. Il y était libre de torturer les Protoss sans que personne ne soulève d’embêtantes objections morales. Le Dominion a décidé de donner à un fou un plein accès aux plus intelligents de nos ennemis, le tout enfermé sur un minuscule astéroïde rempli d’armes expérimentales. Du pur génie. Apparemment, les hautes sphères ont estimé que le travail de Held sur les Protoss était trop important pour qu’on se soucie de choses futiles comme une utilisation criminelle de ses scalpels. Et que pensaient-ils qu’un tel maniaque ferait en apprenant que les provisions venaient à manquer ? Tranquillement prendre sa place dans la file ?

Je pense que personne n’avait prévu qu’il lâcherait les zerglings pendant notre sommeil. Ni qu’il rédigerait de plates excuses à ceux qu’il venait de condamner à une mort horrible.

Branamoor, quand nous parvenons à l’arracher à ses marmonnements prostrés, dit qu’il y avait seize zerglings dans les niveaux inférieurs. Les nobles marines chargé de nous protéger (et de veiller à notre alimentation) ont été pris par surprise et n’ont pu en abattre que cinq avant de finir déchiquetés ; ce n’était pas le champ de bataille ouvert pour lequel ils ont été entraîné et, en terrain étroit, les Zergs sont imbattables. C’est tout du moins ce qu’il semblait jusqu’à ce que le major Treicher fasse son apparition, armée d’un pistolet et d’une vieille robe de chambre portant les initiales « B.T. » Elle nous a aiguillés dans le couloir pour nous réfugier dans le réfectoire, tout en décochant une salve bien placée dans la gueule d’une des créatures qui lui bondissait dessus. La jeune docteur Martine en a tué une autre qui bloquait notre retraite… avec sa canne. Oui, vous avez bien lu. Elle a enfoncé sa canne dans l’orbite d’un zergling avant de repousser du pied le cadavre encore tressaillant. Puis, le plus naturellement du monde, elle s’est retournée pour nous faire signe d’entrer dans la salle à manger.

Vous ne m’entendrez plus jamais me plaindre de l’utilisation qui est faite de mes impôts à l’Académie fantôme.

Nous sommes donc enfermés dans le réfectoire, tables empilées contre les portes avec le bruit des griffes juste derrière. Red est l’un des rares d’entre nous à avoir une expérience de ces choses, et il dit que les Zergs se sont probablement séparés pour arpenter les moindres recoins de notre cailloux à la recherche de chair fraiche.

Branamoor, comme je le disais, est au bord de la catatonie. Il a peut-être été blessé lors de l’attaque, mais ça reste dur à dire puisque nous sommes tous couverts du sang des marines qui se sont dressés entre nous et la meute. Il reste dans son coin et répète « pas ma faute » en boucle. J’ai bien envie de passer quelque temps à le convaincre que si, tout ça est très manifestement de sa faute, mais j’ai bien peur que le débat soit un peu stérile.

Pamela a poussé le fauteuil de Dan jusqu’ici, et notre vieil astrophysicien n’a pour une fois rien à dire sur la situation. Il est assis dans un coin, l’air triste. Vera, qui est pourtant toujours très réservée quand il y a du monde, lui a apporté un bol de soupe et essaie de discuter avec lui. Elle a l’air inquiète. Ou est-ce une trace de culpabilité que je décèle chez elle ? J’hésite.

Jake et Winlaleah sont en train de faire l’inventaire de nos provisions. Il n’y a pas grand-chose. Je devrais m’en faire pour notre survie. Je devrais avoir peur de mourir de faim, d’asphyxie ou sous les crocs des Zergs.

Mais tout ce qui m’inquiète, c’est ça : si personne ne quitte le projet Rochenoire, où est donc Talise ?

T. A.

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